Et vous qu’avez vous pensé de « we were horses » ?
Plutôt que le membre de l’équipe des Nuits, c’est le spectateur qui s’exprime ici. On ne pouvait rêver mieux que « we were horses » en guise de spectacle d’ouverture.
Au commencement pourtant, le triptyque danse, musique, équitation, inédit pour un spectacle de Bartabas, laisse dubitatif. Il est difficile d’imaginer comment les seize danseurs, cantonnés un temps sur un terre plein circulaire de terre ocre, et les neuf écuyères, reines sur leurs chevaux du reste de la scène recouverte de sable volcanique, évolueront conjointement.
Mais très rapidement, le doute s’évapore. Plus la pièce avance dans le temps et plus elle se décharge d’intenses émotions visuelles et symboliques. Paradoxalement, la musique hypnotique de Philipp Glass ainsi que les mouvements dansés et équestres peuvent bien être répétitifs, jamais une impression de déjà-vu ne se dégage. Au contraire, ces tournoiements propulsent là où Bartabas et Carolyn Carlson veulent nous mener : un aller à contre courant vers le passé, un ailleurs où règne l’état primitif des choses. Voyage accentué par les courses-poursuites entre les hommes et les chevaux armés de javelots. Sans oublier ces instants de grâce où les corps des danseurs se parent de sable noir, rappelant « Le sacre du printemps » de Pina Bausch.
Physique : peut-être est-ce le terme qui qualifie le mieux « we were horses ». La pièce ne demeure à aucun instant sans mouvements, emportée par une musique minimaliste, écrite en 1974 mais définitivement prédestinée à cette rencontre animale. Les écuyères guident à une allure effrénée et précise leurs chevaux, sur un espace en apparence restreint pour accueillir simultanément huit de ces animaux. Impressionnant aussi l’instant où le neuvième cheval s’applique seul en scène à tourner en rond dans le minuscule cercle ocre. Carolyn Carlson impose quant à elle à ses danseurs une chorégraphie éprouvante et haletante, puisque très élancée et cantonnée à un espace restreint. Les corps ne se courbent et s’entrechoquent, qu’avec plus de force et poésie.
En prime, le tout est soigneusement sublimé à la fois par des costumes sobres, proches des essences naturelles, et par des jeux de lumières, assombrissant les silhouettes et visages des héros de cette scène. Mais déjà, une heure trente plus tard, le spectacle s’achève trop brutalement et nous laisse seul avec un ô combien sentiment de petitesse face à la puissance de l’art et de l’état naturel des choses.
Le deux dernières représentations de « we were horses » affichent complet. Néanmoins, l’univers du créateur du Théâtre Equestre Zingaro est à découvrir ce jeudi à 19 heures au cinéma Comoedia, avec la projection de « Galop arrière », un film de Bartabas. L’occasion de découvrir ou redécouvrir vingt-cinq années de création artistique. Les spectateurs munis de leur billet « we were horses » bénéficieront d’un tarif réduit.
13 avenue Berthelot, 69007. De 6,50 à 8,30 euros.


