Succès pour le premier BATTLE DES NUITS
Avec la complicité du Festival l’Original, Les Nuits ont plébiscité dimanche dernier le hip-hop dans son expression la plus originelle : le BATTLE ! Depuis les années 80 et l’avènement en France de la culture hip-hop se disputent une querelle ( pas encore totalement apaisée) entre le hip-hop chorégraphié conçu pour les salles de spectacles et le hip-hop version performance physique, dont les figures au sol s’exécutent notamment sur les marches du Trocadéro ou de l’Opéra de Lyon. Les amateurs des spectacles mis en scène reprochent un manque d’originalité aux battles. Et les amateurs de ces derniers reprochent à ces mêmes spectacles l’absence de l’esprit même du hip-hop. En 2011, les Nuits ont pris le parti d’organiser leur tout premier battle. Avec succès tel qu’en témoigne en fin de show l’avalanche dans les airs de centaines de cotillons pailletés.
Ils étaient en effet plus de 3500 spectateurs à applaudir dimanche dernier chaque crew, venu de cinq pays différents. Pour animer la soirée, il y eu de beaux interludes, avec BEASTY en impressionnant Human Beat Boxer, et avec MOFUSU, groupe de filles aux efficaces mouvements sur du R’n'B teinté d’électro. Parmi les autres moments mémorables, revoir en vidéo ce « Joyeux anniversaire Kilian » à l’adresse du fils de MC VICELOW fait frissonner. Les huit équipes en lice, jugées par MOVIE ONE, GABIN et RYOMA, ont été chaperonnées tout l’après-midi, depuis le tirage au sort de l’ordre de passage improvisé au catering jusqu’à la fin de la soirée, par quelques-uns des membres de l’équipe des Nuits. (D’ailleurs, bravo à Antoine qui a assisté les grands gagnants, les VAGABONDS…).
Les VAGABONDS , tel que l’avait pronosticé DJ One Up, revêtait le statut de favori, surtout depuis leur victoire au Battle of The Year organisé le weekend précédent par l’association montpelliéraine Attitude. Cette équipe a remporté plusieurs titres depuis ses premiers entraînements devant le Forum des Halles à la fin des années 90. Et les VAGABONDS se sont aussi essayés à la création avec « Chienne de vie », un spectacle où les mouvements contemporains ne trouvent que peu d’écho.
En finale, ils ont battu le Pokemon crew. Les voir danser aux Nuits était tout de même très symbolique. D’une part, ils ont commencé à danser tout près des Théâtres Romains, à quelques centaines de mètres d’ici à vol d’oiseau. Et puis cette arrivée du hip-hop aux Nuits commençait à se faire attendre. En effet, depuis trente ans, la région Rhône Alpes a eu au côté de Paris un rôle très important dans le développement de structures et dans la démocratisation de cette culture urbaine. Par exemple, dès 1983 était créée par Marcel Notar-Giacomo, aux Minguettes à Vénissieux, la compagnie Traction Avant.
Prochain rendez vous « urbain » prévu : le 29 juillet avec ERYKAH BADU. En attendant peut-être une suite à ce que JM de l’Original a présenté comme le premier BATTLE DES NUITS.
Voici dans le détail le déroulement de la soirée et les résultats des différentes équipes :
¼ FINALE
Phase T / Morning of Owl
Vagabonds / Hustlekidz
Meltinf Force / Predatorz
Pokemon / Team Universal
1/2 FINALE
Vagabonds / Morning of Owl
Predatorz / Pokemon
FINALE
Pokemon / Vagabonds
VAINQUEURS
Vagabonds
Et vous qu’avez vous pensé de « we were horses » ?
Plutôt que le membre de l’équipe des Nuits, c’est le spectateur qui s’exprime ici. On ne pouvait rêver mieux que « we were horses » en guise de spectacle d’ouverture.
Au commencement pourtant, le triptyque danse, musique, équitation, inédit pour un spectacle de Bartabas, laisse dubitatif. Il est difficile d’imaginer comment les seize danseurs, cantonnés un temps sur un terre plein circulaire de terre ocre, et les neuf écuyères, reines sur leurs chevaux du reste de la scène recouverte de sable volcanique, évolueront conjointement.
Mais très rapidement, le doute s’évapore. Plus la pièce avance dans le temps et plus elle se décharge d’intenses émotions visuelles et symboliques. Paradoxalement, la musique hypnotique de Philipp Glass ainsi que les mouvements dansés et équestres peuvent bien être répétitifs, jamais une impression de déjà-vu ne se dégage. Au contraire, ces tournoiements propulsent là où Bartabas et Carolyn Carlson veulent nous mener : un aller à contre courant vers le passé, un ailleurs où règne l’état primitif des choses. Voyage accentué par les courses-poursuites entre les hommes et les chevaux armés de javelots. Sans oublier ces instants de grâce où les corps des danseurs se parent de sable noir, rappelant « Le sacre du printemps » de Pina Bausch.
Physique : peut-être est-ce le terme qui qualifie le mieux « we were horses ». La pièce ne demeure à aucun instant sans mouvements, emportée par une musique minimaliste, écrite en 1974 mais définitivement prédestinée à cette rencontre animale. Les écuyères guident à une allure effrénée et précise leurs chevaux, sur un espace en apparence restreint pour accueillir simultanément huit de ces animaux. Impressionnant aussi l’instant où le neuvième cheval s’applique seul en scène à tourner en rond dans le minuscule cercle ocre. Carolyn Carlson impose quant à elle à ses danseurs une chorégraphie éprouvante et haletante, puisque très élancée et cantonnée à un espace restreint. Les corps ne se courbent et s’entrechoquent, qu’avec plus de force et poésie.
En prime, le tout est soigneusement sublimé à la fois par des costumes sobres, proches des essences naturelles, et par des jeux de lumières, assombrissant les silhouettes et visages des héros de cette scène. Mais déjà, une heure trente plus tard, le spectacle s’achève trop brutalement et nous laisse seul avec un ô combien sentiment de petitesse face à la puissance de l’art et de l’état naturel des choses.
Le deux dernières représentations de « we were horses » affichent complet. Néanmoins, l’univers du créateur du Théâtre Equestre Zingaro est à découvrir ce jeudi à 19 heures au cinéma Comoedia, avec la projection de « Galop arrière », un film de Bartabas. L’occasion de découvrir ou redécouvrir vingt-cinq années de création artistique. Les spectateurs munis de leur billet « we were horses » bénéficieront d’un tarif réduit.
13 avenue Berthelot, 69007. De 6,50 à 8,30 euros.





