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Excentrique « Carmina Burana »

C’est toujours une déception aussi bien pour le public que les artistes et l’équipe des Nuits qu’une représentation soit annulée. Mercredi soir, quelques membres du personnel des Nuits et de l’ONL ont pu assister à la répétition générale de CARMINA BURANA. En voici un aperçu pour tous ceux qui ont du rebrousser chemin hier, face à l’orage.

« Poèmes de Beuren : Chansons profanes pour chanteurs et choeurs devant être chantées avec instruments et images magiques » : tel est en français le sous-titre de l’oeuvre musicale de Carl Orff, CARMINA BURANA.

Et en une heure pourtant trop courte, la Fura Dels Baus s’applique à la lettre et avec une inventivité parfaite à cette « consigne » du compositeur allemand. Une fois encore, grâce à son goût pour des costumes provocants et à sa maîtrise de l’art vidéographique, la compagnie catalane crée sur scène un univers excentrique, fidèle à l’esprit des poèmes du Moyen Age à l’origine du travail de Orff. Ces chants religieux et profanes abordaient déjà les thèmes de la nature, de la sexualité, de l’alcool.

Un seul conseil s’impose : pendant ces soixante minutes, ne soyez jamais distrait par les lointaines lumières de la ville ou les éclairs dans le ciel. Car en quelques secondes, il peut se passer moult choses inattendues sur scène ! En voici un aperçu en quelques mots et images :

De part et d’autre d’un voile circulaire dressé au centre de la scène se tient debout le Choeur Orfeón Pamplones, tout fardé de blanc. Derrière le voile siège l’Orchestre National de Lyon, dirigé par Ernest Martinez Izquierdo. Tous ensemble, ils entament alors « O fortuna », rejoué en fin de spectacle. Avant même que ne débute la répétition, certains imitaient déjà du bout des lèvres avec des « la la la la » ou des « na na na na » le célèbre air.

Le voile lui même s’impose comme un acteur de « Carmina Burana ». Tour à tour, il devient un univers lacté d’étoiles, une cascade d’eau, une banquise à la dérive, l’autel de l’érotisme, une horloge folle… Pendant ce temps, les solistes, lorsqu’ils ne chantent pas dans les airs en haut de structures métalliques, plongent dans une cuve aussi rouge que le vin ou tiennent la note au milieu des gradins de l’amphithéâtre.

Un grand moment de spectacle vivant, qui nous rappelle un autre spectacle catalan présenté l’an dernier, LA PANTERA IMPERIAL de Carles Santos. A qui le tour l’année prochaine ?

Pour finir, voici sans doute la plus belle façon de prononcer« Carmina Burana ». Nous la devons à Jacques Prévert lui-même, en pleine lecture de son poème dédié à son ami Carl Orff. C’était en août 1974. (à écouter de 22’20 » à 29’40)

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carmina burana, la fura dels baus, la pantera imperial
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4 heures, 2 lieux, 1 festival

Mardi, les Nuits de Fourvière se délocalisaient depuis la rue de l’Antiquaille vers le Théâtre du Point du Jour. Le spectacle continue donc à Lyon, toujours dans le même arrondissement, mais quel dépaysement assuré en quelques deux mille mètres… Bien sûr, on retrouve toujours quelques visages familiers telle cette délégation des Nuits de Fourvière veillant au protocole, à la technique, au running des artistes… On reconnait aussi quelques visages de spectateurs réguliers des Nuits. Ces va-et-vient se font sous l’oeil d’Emmanuel Daumas, posté près de l’entrée de la salle, où il faut avoir une sacrée paire d’yeux pour dénicher les derniers sièges libres. Le metteur en scène confie que toutes les dernières répétitions se sont très bien déroulées : l’impatience n’est que plus grande pour découvrir Les Nègres, justement ovationné deux heures plus tard.

A l’isssue de la représentation de cette forte pièce revisitant avec pertinence le travail de Genet cinquante ans plus tard, l’équipe de cette création et quelques invités se retrouvaient à la lueur de quelques bougies autour d’un pot de première. Après les discours de Jean Jacques Pignard, président de Nuits de Fourvière, et d’Emmanuel, où ils ont évoqué la genèse de ce projet né dès 2006, les applaudissement enjoués des comédiens ont éveillé la curiosité des passants. Les verres trinquaient, les flashs des appareils photos crépitaient, les comédiens immortalisant cette première. Pendant quelques dizaines de secondes, ils ont même chanté, surtout que les membres du Gangbé Brass Band étaient présents dans leurs habits d’apparat. « Au Bénin, on n’a pas toujours le temps de se voir donc c’est génial de pouvoir voir le Gangbé ici ce soir ; demain (mercredi), on devrait aller les voir leur concert à Fourvière » se réjouit Sophie Metinhoue, par ailleurs très satisfaite de l’accueil du public.

Angélique Kidjo, marraine de ces Nuits au Bénin, assistait aussi à la première. On lui doit dans la pièce l’adaptation de l’air du Boléro. Marie-Cécile Zinsou, dont la fondation promeut l’art contemporain au Bénin, lui a d’ailleurs remis une pétition pour qu’elle reprenne cet air au Grand Théâtre mercredi. Et hier soir justement, Angélique Kidjo l’a bien chanté sur scène.

Vers 23 heures, retour aux amphithéâtres, où règne une toute autre ambiance. Le weekend dernier, elle annulait un concert à Conflans-Sainte-Honorine mais ce soir, même avec sa voix cassée, Zazie assure son show jusqu’au bout. Devant un public ultra-réceptif, dont les premiers fans sont arrivés dès 16 heures : debout chantant en coeur Rodéo puis Rue de la Paix, claquant dans les mains, balançant de gauche à droite et inversément les bras. Arrive alors dans les airs des coussins catapultés que Zazie s’amuse à éviter ou à relancer dans le public.

Que d’émotions en une soirée. On a déjà envie de vivre l’an prochain plusieurs spectacles en quelques heures, dans de tout nouveaux lieux.

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angélique kidjo, bénin, emmanuel daumas, gangbe brass band, jean genet, les nègres, théâtre, zazie
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Les Nègres : premières répétitions à Lyon

Quatre jours : c’est le temps qu’un coupable volatile a décidé d’accorder aux répétitions des « Nègres ». Parait-il coincé dans le réacteur de l’avion, il a retardé l’arrivée depuis Cotonou des treize comédiens choisis par Emmanuel Daumas. Mais ce n’est pas comme si le travail tout entier restait à accomplir. Les premières répétitions ont eu lieu à l’hiver dernier avant une représentation le 8 avril à l’Institut français du Bénin. (redécouvrez les vidéos ici et là.) « Les spectateurs ont été ébahis par le spectacle. Ils ne pensaient pas qu’un blanc, en l’occurrence Jean Genet, ait pu écrire une telle pièce » se réjouit humblement Emmanuel Daumas. « La pièce n’est pas forcément facile à comprendre lors de sa lecture mais la mise en scène s’efforce d’éclaircir le propos. Genet a tout fait pour créer une expérience unique entre le public et la scène ».

Les répétitions se dérouleront jusqu’à dimanche au Théâtre du Point du Jour. Pour l’heure, les gradins sont uniquement jonchés d’escabeaux, de fils électriques, des régies lumière et son. A Cotonou, la pièce était jouée en extérieur, au milieu du brouhaha incessant des voitures. Ici, le rendu résonne déjà différemment, surtout que l’espace scénique est bien moins étendu. Et il luit aussi autrement, puisque de nombreux jeux de lumières animent la pièce.

D’ailleurs, un mur de néons électriques est déjà installé sur scène, au côté d’un container gris acier, de chaises, de plaques de tôles. Soudain, splash : au milieu d’une tirade, une plaque s’écrase à terre. Encore quelques détails techniques restent à résoudre. C’est l’occasion pour les comédiens de faire une pause, de s’étirer, de se détendre. Pendant que sur scène quelques comédiennes échauffent leurs voix sur du Mozart, d’autres fredonnent dans la salle un autre air chanté dans la pièce, celui du Boléro. On ressent une vraie bonne entente dans la troupe. Ce que confirme Guy Ernest Kaho, alias Le Missionnaire dans la pièce. « Maintenant, on se connait bien, on a entre nous nos blagues, on s’amuse davantage sur scène ». En ce qui concerne la nature même du travail, « depuis la première, la pièce a mûri dans ma tête et le jeu a aussi changé. Il est plus approfondi, plus rythmé. Genet défendait des idées très fortes. J’espère vraiment que la pièce sera bien reçue par le public, le plus justement possible ».

Verdict dès lundi, 19h30.

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